In Psychologie environnementale : 100 notions clés, sous la direction de Marchand D., Pol, E., Weiss, K. Paris, Dunod, 2022.

La notion d’habitat désigne, en zoologie et en botanique, l’aire spatiale occupée par – et adaptée – à une espèce animale ou végétale. Pour le géographe, le sociologue, et l’ethnologue, cette notion recouvre un système de peuplement humain inscrit dans un territoire, soit la répartition spatiale et les modes de localisation et de dissémination des habitations humaines. Parfois remplacée par le terme de « milieu », elle a aussi désigné dans les travaux sociologiques du début du XXème siècle, les conditions générales de logement d’une population donnée.

L’anthropologie a mis en lumière la nature passive, malgré sa nécessité, de la fonction d’abri des habitations humaines. Elle a montré que leur distribution dans l’espace, leurs types et dispositifs architecturaux, la distribution de leurs espaces intérieurs, comme les variations dans l’utilisation des matériaux, relèvent moins d’une conception utilitaire de l’habitation que d’une intention de traduction d’un modèle culturel de vie sociale. Le but actif de l’habitant est ainsi de constituer pour lui-même et son groupe une unité signifiante et pertinente au sein de l’espace social de sa culture. L’habitat et l’habitation représentent à ce titre, au-delà de l’indispensable abri et de ses implications, tel le besoin de confort et de pause, des facettes majeures de la culture matérielle, exprimant la mentalité des habitants, leur genre de vie et leur rapport à leur milieu.

L’habitat et ses multiples ramifications sociologiques, démographiques et économiques, se situe au cœur des préoccupations des individus. En tant que système de peuplement et de dispositifs spatiaux, il traduit la structure d’un système social, pèse d’un lourd poids idéologique, et confère à la question du logement une dimension politique significative.

Le logement désigne, pour le sociologue, le démographe et l’économiste, l’édifice bâti – ou le local – constituant une unité fonctionnelle d’habitation qui s’insère dans l’ensemble spatial plus vaste que constitue l’habitat. Il forme avec l’habitat un couple conceptuel étroitement lié, dont chacun des éléments est fortement défini par son ancrage territorial, soulève des enjeux fondamentaux qui se jouent autour des notions de localisation de l’habitation et des ramifications de celle-ci en termes de statut social (la banlieue, le quartier populaire ou cossu, etc.), de bien-être (densité des services médicaux, services de proximité, etc.), de confort (écoles, équipements sportifs et culturels, etc.), et de hiérarchie sociale. Les deux se construisent en adéquation avec les normes culturelles d’une époque donnée. De lourds déterminants socio-économiques pèsent sur l’un comme sur l’autre

Le logement se distingue cependant par sa fonction d’abri, son statut d’espace intérieur, ses enjeux identitaires et ses charges symboliques. Bien que ces dernières n’en fassent pas un bien comme un autre, le logement se distingue également par son statut de marchandise situé au centre de marchés particuliers, celui des loyers et des acquisitions. Il constitue également un bien patrimonial, à ce titre intimement lié aux idées de transmission et de continuité des histoires familiales.  Ainsi chargé d’enjeux à la fois financiers et affectifs, la complexité du statut du logement se trouve accentuée par les questions touchant aux notions d’ancrage territorial et d’identité, de filiation, des rapports de force ou de rivalité au sein des fratries, et à la reconnaissance de la place de chacun au sein de sa famille.

Les individus attachent à leur habitation et au milieu dans lequel elle s’inscrit une importance de premier plan. Ils considèrent comme aigus et pressants les problèmes de société qui touchent à la question du logement et de l’habitat. Parmi ces problèmes figurent, par exemple, la question du logement abordable, de la mixité sociale résidentielle, des « quartiers sensibles » où s’observe la marginalisation de certains groupes, des immeubles urbains insalubres, de l’exclusion sociale, et du sans-abrisme. Les récents débats sur la mauvaise qualité de l’air, de l’eau ou la pollution des sols des quartiers et villages peuplés par des minorités, et situés à proximité de sources de polluants, proposent à cet égard la notion de racisme environnemental, elle-même fondée sur les idées plus générales d’un droit à un environnement sain et à la justice environnementale.

Les habitants expriment une demande croissante de résolution de ces problèmes par les acteurs sociaux, en particulier en direction de l’État. Quoique considérablement complexifiée par les nombreux acteurs agissant à plusieurs échelles, la question du logement, parce qu’elle touche intimement les habitants, les mobilise aussi parfois à l’occasion d’actions collectives. Leurs attentes consacrent les acquis historiques en matière de définition du logement comme problème public, d’extension du rôle des pouvoirs publics et de la responsabilité de ces derniers en matière de limitation des abus du marché, en particulier à travers la politique du logement et les grands programmes étatiques. Ces derniers ont, par exemple, mis en œuvre des politiques de logement social et de fondation de villes nouvelles qui, d’ailleurs, contribuent à la construction d’un rapport spécifique des habitants à leur habitat. Mais si les normes techniques, architecturales, urbanistiques et financières attachés à ces politiques affectent les manières d’habiter, les habitants exercent aussi leurs compétences en vue de s’y adapter, parfois de les détourner, afin de ne pas devenir, grâce à cette appropriation, étrangers à leur propre lieu de vie. 

Le symbolisme du logement accentue la complexité de son statut. Ce symbolisme s’exprime de nombre de façons, dont, par exemple, l’option en faveur de tel ou tel quartier de résidence, de la centralité urbaine ou la banlieue, option qui se donne comme part intégrante de l’image sociale de l’habitant. L’adresse d’un domicile situe, confirme et consolide la légitimité de la place de l’habitant au sein de collectivités d’appartenance, telles le voisinage, les réseaux amicaux, familiaux, culturels ou professionnels. Le logement consacre la relation de l’habitant à la société. A contrario, une personne reconnue comme « sans domicile fixe » perd en quelque sorte, en même temps que son ancrage territorial et son adresse, la légitimité de sa place au sein du groupe social, constituant le sans-abrisme en ultime épreuve de l’habiter.

La complexité du logement se poursuit dans l’intention de l’habitant, par la relation qu’il entretient avec lui, les gestes de son appropriation, de modulation de son ouverture et de sa clôture, de transformer son lieu de vie en chez-soi, ouvrant ainsi les problématiques de l’habiter, l’intimité, de l’intériorité et de l’hospitalité.

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